Naviguer en Gambie

Il existe déjà des informations disponibles en ligne sur la navigation en Gambie, certaines ne sont donc que des redites actualisées en date de notre passage. Octobre 2021.

Nous avons également utilisé un guide qui a plus de 20 ans, donc bien obsolète, mais qui a le mérite d’exister : « Cruising Guide to West Africa, Steve Jones, Royal cruising club pilotage fondation ».

L’invention de la localisation par satellite (GPS, Galiléo etc) et du sondeur rend la navigation en approche de Banjul et sur le fleuve Gambie extrêmement facile, mais nous ne pouvons pas nous empêcher d’avoir une pensée respectueuse pour les marins du passé qui ont abordé ces lieux à l’estime, alors que l’horizon est souvent invisible, que les amers sont très peu nombreux et que l’eau n’a une transparence que de 5 cm maximum.

Le fleuve Gambie, dans la version « absence total d’horizon ».

Concernant les bouées, excepté la bouée n°1 « marques d’eau saines » qui est à sa position, toutes les autres sont soit inexistantes, soit déplacées.

D’une manière générale les Gambiens ont été très sympathiques, mais leur culture maritime est une culture de pirogues. Ils n’ont donc aucune notion de tirant d’eau et certains imaginent que le leste peut couper la vase (ce que nous avons dû faire à quelques endroits dans de la vase bien molle !) Soyez donc vigilants avec leurs affirmations péremptoires.

Notre navigation sur le fleuve n’a pas posé de problème. Notre voilier est un sillage 38 avec 2 mètres de tirant d’eau. Nous avons exploré des passages sans aucune cartographie existante, sur la foi de notre seul sondeur, évidemment à très faible vitesse. Certaines de nos cartographies sont complètement erronées (notre trace passe sur terre ce qui est un peu déroutant au début !) mais Navionics est fiable.

Cartographie en version « pas vraiment fiable pour naviguer » ! (notre trace, c’est le trait rouge)

Les seuls désagréments sont les nombreux filets de pêcheurs qui peuvent aller de part en part du fleuve et parfois se succéder à un rythme soutenu, nous obligeant à passer au-dessus, avec le moteur au point mort, de peur de les emmêler dans l’hélice.

Attention aux hippopotames qui pèsent entre 1500 et 1800 kg. Votre bateau pourrait ne pas aimer.

Le nouveau pont Sénégambie.

Sénégambie Bridge

Nous sommes passés avec notre tirant d’air de 17 m. Nous avons rencontré un voilier avec un tirant d’air de 20 m qui nous a dit être passé à quelques cm en basse mer de vives eaux, donc attention, le pont ne permet probablement pas un passage avec un tirant d’air de 22 m comme nous l’avait déclaré la capitainerie de Banjul (peut être s’agit-t-il de la hauteur de l’ouvrage total ?)

Les marées.

Le courant de marée peut atteindre 3 noeuds. Il est donc vivement conseillé d’en tenir compte.

Voici les corrections au port de référence de Banjul, pour les étapes le long du fleuve, donc si vous avez l’heure précise des marées à Banjul, vous pouvez faire vos calculs . A noter que les courants sont en décalage avec les marées, surtout en aval du fleuve, disons jusqu’au pont Sénégambien (c’est à dire que le courant de marée peut être entrain de monter alors que le niveau de l’eau peut avoir déjà commencé à baisser…)

Météo durant la période où nous avons séjourné.

A notre arrivée fin septembre, la saison des pluies n’était pas terminée. Durant cette période d’hivernage, de juillet à septembre, il faut bien avoir à l’esprit que le vent peut passer de 5 à 45 nœuds en 3 minutes (nous l’avons constaté à nos dépends). Les rafales peuvent aussi dépasser les 70 nœuds, mais nous ne l’avons heureusement pas vécu. Ces grains n’ont en général pas duré plus de 45 minutes.

En dehors de ces orages, nous n’avons bénéficié que de très peu de vent durant la remontée du fleuve que nous avons donc faite au moteur, à l’exception d’une journée. Pour la descente, nous avons été bout au vent plusieurs jours : il est donc tout à fait envisageable de naviguer à la voile sur le fleuve, d’autant qu’il est très large.

Température : A l’intérieur du bateau elle a varié entre 40°C le jour et 27°C pour les nuits les plus « froides ». Dans ces conditions, les ventilateurs achetés à Dakar ont souvent tourné jour et nuit. Nous en avions acheté deux et nous avons bien regretté de ne pas en avoir un de plus (un par personne aurait été idéal).

Ventilateurs sur batterie, chargeables en USB, à la fois pliables et autonomes.
Géniaux ! (et nous ne sommes pas actionnaire de l’entreprise qui les fabrique).

Insectes

Autre achat indispensable que nous avons fait à Dakar mais qu’on trouve sûrement à Banjul, les moustiquaires. Nous en avions déjà acheté en France avant le départ, mais la version en vente en pharmacie au Sénégal est imprégnée d’insecticide ce qui les rend très efficaces et nous a permis de nous passer à la fois des insecticides en aérosol qu’on inhale forcément et de ceux qu’on vaporise sur la peau.

Outre les moustiques, une nuit nous avons été envahi par un genre de petit scarabé noir de 5 mm au point que les impacts sur les hublots étaient audibles, comme de la pluie qui tombe. Leur accumulation sur les moustiquaires des hublots a été telle, que sous leur poids, un certain nombre tombait dans l’habitacle, se glissant dans le moindre interstice. Comme ils avaient la particularité de dégager une très forte odeur quand ils étaient écrasés, c’était pas très sympa. Le lendemain, nous en avons trouvé des milliers sur le pont et dix jours plus tard, nous en découvrions encore dans les fonds.

La moustiquaire englobe toute la descente.
15 minutes pour tout installer le soir, c’est le seul moyen de garantir une soirée et une nuit vivable.
Indispensable pour limiter le risque de paludisme.
Les moustiquaires sont même doublées pour éviter le passage des plus petits insectes.
Il faut aussi penser à recouvrir les manches à air.

Dernier objet indispensable, la tapette à mouche !

Formalités d’entrée

A Banjul, il faut mouiller au sud de la ville. Nous avons mouillé en position 13° 26.42 N 16° 34.78 W (mais c’est là que nous avons dérapé la première nuit par 45 nœuds de vent).

Il faut ensuite débarquer en laissant l’annexe sur le quai des pêcheurs pour aller à :

1 – L’immigration pour les formalités d’entrée (nous avons eu une autorisation d’un mois).

2 – Contrôle sanitaire, c’est la porte à côté (nous sommes en ce moment en période Covid). Après le contrôle des vaccinations Covid et une prise de température, il nous a été demandé nos carnets internationaux de vaccination pour le contrôle de la fièvre jaune, obligatoire ici, comme pour toute l’Afrique de l’ouest. Notre fils ayant été vacciné au Sénégal, nous avions une preuve de vaccination mais pas le carnet international. On nous a proposé de le faire au prix de 20€ . Le malin en a sorti un de son placard et l’a rempli.

3 – La douane. C’est fermé le week-end. Formalité à faire en passant par 5 interlocuteurs et bureaux différents ! Ils sont très gentils mais ça a été « un peu » long. Nous avons évité la visite d’inspection à bord (peut-être juste le fruit du hasard ou de notre bonne tête). Par contre, au moment du départ, le douanier a réclamé 500 Dalassis (10€) pour faire la clearance, ce qui relève bien sûr de la corruption.

4 – Les autorités portuaires délivrent le permis de naviguer sur le fleuve (22 ou 23 €). Nous avons aussi acheté l’annuaire des marées car nous n’avions pas les corrections pour tout le fleuve.

Si vous parvenez à faire vos formalités en une journée, vous pouvez être content (il nous a fallu 2 jours, un samedi après-midi puis un lundi matin).

Une petite idée de l’endroit où se trouvent les administrations pour les formalités.
Les bureaux de douane sont sur 3 emplacements différents.

L’argent

La devise locale est le Dalassi. La parité n’est pas fixe par rapport à l’euro (à la différence du Francs CFA). Nous privilégions toujours les retraits en cartes bancaires pour éviter d’avoir trop d’argent à bord, mais nous n’avons trouvé des distributeurs qu’à Banjul. Très vite en manque d’argent en remontant le fleuve, nous avons heureusement pu changer des euros dans des bureaux de change dans certains petits villages et surprise, le court était meilleur qu’au distributeur (d’autant que celui-ci est taxé de 200 Dalassis).

Le cours, quand nous y étions, était de 50 Dalassis pour 1 euro.

Comme les plus grosses coupures sont de 200 Dalassis, soit 4 euros, nous avons l’impression de jouer au Monopoly avec les liasses, juste pour aller faire un peu de gasoil (acheté à Banjul).

Communication

Le réseau téléphonique couvre à peu près la totalité du fleuve, mais pas en données qui ont un faible débit (pas de 3 ou 4G, donc attention à ne pas prendre un forfait 4G, pourtant moins cher, mais qui ne fonctionnera pas). Les prix sont très élevés. Nous avons acheté une puce Africell et du crédit téléphonique transformé en data.

Ravitaillement

Nous parlerons uniquement du ravitaillement en produits frais, légumes et fruits. L’offre est très limitée, aussi bien en variété qu’en quantité. Les prix sont souvent incohérents. Une des explications en est que beaucoup de produits sont importés : les oignons viennent de Hollande, les mandarines et les tomates du Maroc, les pommes sans doute d’un pays d’Europe, les bananes de Côte d’Ivoire…

En local, à la saison où nous y étions, il nous restait donc, aubergines, piments, les racines types manioc, gombos, pommes de terre (pas sûr qu’elles soient locales), concombres, poivrons, citrons, pastèques, papayes, oranges, cacahuètes. Beaucoup de choses s’achète à l’unité et il y a tellement peu sur les étals que souvent nous avons pris la totalité, à la grande surprise des vendeuses.

Nous avons également acheté du poisson ou des crevettes aux pirogues qui passaient à proximité.

Eau

L’eau de mer à proximité de Banjul ou au mouillage du Lamin Lodge ne nous a pas semblé très saine y compris pour faire la vaisselle, par contre en remontant le fleuve, l’eau, bien que trouble, ne nous a pas posé de problème de santé. Elle est salée jusqu’au Sénégambie Bridge et devient douce après. Nous nous sommes baignés sans craintes jusqu’aux zones avec hippopotames… Après, nous nous sommes abstenus !

Concernant l’eau douce, il y a des robinets dans les villages que nous avons visités. Il est donc possible de remplir quelques bidons. Comme souvent en Afrique, des gens vous proposerons de le faire, histoire de gagner quelque argent. C’est ce que nous avons fait au Lamin Lodge, même si il n’est pas dans nos habitudes de nous faire servir, mais cela fait partie de la culture locale.

Digression sur le sujet : le toubab en Afrique

Il y a quelques années nous avions acheté des crevettes sur un marché au Sénégal et plusieurs femmes nous avaient demandé de les éplucher, ce qui nous semblait inutile dans la mesure où nous le faisons nous même en France. Nous avions senti ces femmes extrêmement fâchées. Quand nous sommes arrivés chez la personne chez qui nous vivions, elle nous a demandé ce que nous allions faire avec ces crevettes non décortiquées : elle ne savait pas comment le faire. Nous sommes passés pour des extraterrestres de ne pas avoir fait éplucher nos crevettes car c’était le métier de ces femmes du marché.

Nous avons donc bien compris maintenant que chacun a une fonction, que l’économie locale est organisée ainsi et que ne pas la respecter, au moins en partie, est un manque de savoir vivre. Tout est une question de dosage, car comme « toubab », vous serez sollicité de toutes parts, particulièrement dans les grande villes où les lieux touristiques pas des pseudo guides ou des spécialistes autoproclamés de tout et n’importe quoi qui ne cherchent qu’à vous soutirer de l’argent.

Nous avons subi le guide qui attend des heures que vous débarquiez avec votre annexe et qui vous colle littéralement alors que vous lui avez bien expliqué que vous n’aviez besoin de rien et que vous allez simplement au marché. Il passe son temps à vous suivre, à vous dire ce que vous devriez acheter, alors que manifestement, il n’a jamais fait la cuisine de sa vie. Et si par malheur vous lui demandez où trouver des pastèques, car en pleine saison il n’y en a pas à vendre ici, il vous propose une solution totalement délirante pour vous en faire apporter, accompagné d’explications sur le pourquoi du comment il n’y en a pas. Nous n’avons pas donné suite et découvert que la vente des pastèques se faisait simplement à 150 mètres mais de l’autre côté du fleuve, ce que ce « guide » ignorait sans doute.

Le toubab (homme blanc) est une curiosité pour les enfants.

Comme dans beaucoup d’endroits du monde, la relation est fort différente dans les villes et les campagnes. En dehors de Banjul, Serrekunda et Georgestown (ville sans grand intérêt), l’accueil a été sympathique. Les toubabs sont toujours une curiosité pour les enfants, mais les adultes nous ont laissé une paix royale, tout en étant agréables.

Pour les étapes le long du fleuve, à vous de découvrir ! Bonne balade !

Tableau des distances le long du fleuve.
A la seule vue d’un bateau au mouillage, les enfants peuvent se jeter à l’eau et débarquer à bord à la nage.
Le Golo, le long des mangroves, un jour de lessive à l’eau du fleuve.

26 Commentaires

  1. Je tombe par hasard sur votre blog et j’en suis ravi.
    De jolies balades bien racontées
    Merci
    Laurent

  2. Merci pour ce récit simple clair et utile pour ceux qui vous suivrons. J’ai aussi un Sillage 38 le numéro 11 dans la série je commence seulement ma route en solo. Tatiana est le nom depuis son origine. Je n’ai pas de blog mais je veux bien vous suivre sur le votre. Bon vent bonne mer

    • J’espère que nous aurons l’occasion de nous croiser un jour. Je n’ai jamais réussi à avoir le N° de notre Sillage mais c’est une des premiers.

      • Le numéro est gravé sur la dernière varangue au centre de la quille enfin pour Tatiana. Mais nous nous connaissons puisque vous êtes venu deux ou trois fois à Saint-Malo voir Tatiana. Oû en êtes vous de l’après orage tropical. Bonne continuation en tout cas

        • C’est bon j’ai fait le lien, je suis content que tu sois parti et je te souhaite beaucoup de plaisir avec ton beau bateau. Pour les suites du choc sur la coque, il n’y a rien à signaler, juste le bateau est cabossé, je suis donc bien content de ne pas avoir passé des semaines à l’enduire et le peindre!

  3. Bonjour,

    C’est très bien fait ! 👍🏆
    Comptez- vous faire cela pour tous les pays traversés ?
    Bon vent ! ⛵️

    • Bonjour, non, nous avons fait celui-ci pour répondre aux demandes de quelques amis qui souhaitent y aller. Et car nous ne trouvions pas d’informations à jour avant de nous y rendre.

  4. Merci pour ce récit utile et intéressant.
    Où allez-vous maintenant ?
    Laurence

  5. Frédéric Livingstone!

  6. Merci beaucoup pour cet article. Il tombe a point nommé puisque nous projetons d y passer courant novembre. A vrai dire nous hésitons, ça nous impressionne un peu mais ce que nous lisons ici nous rassure.
    On va peut être se croiser . On est au Canaries et nous traverserons en decembre. Notre voilier s appelle Tamhatam et nous venons de Sarzeau !
    Merci encore et bon vent belle mer.

    • Bonjour, attention il y a une élection présidentiel le 4 décembre 2021. C’est une période qui peut être agité aussi bien durant la campagne que après les résultats.

  7. Bsr
    Merci pour les renseignements administratifs actualisés.
    Bonne continuation

  8. Merci beaucoup pour votre partage instructif
    Vous nous confortez dans l’idee d’aller découvrir la gambie 🙏🏼
    Bonne continuation

    • Bien sur il ne faut pas oublier que c’est l’Afrique et qu’il faut être totalement autonome en se qui concerne l’entretient de votre bateau. Les possibilité de dépannage sont très limité et les compétences sur place ne sont pas toujours crédible. Bon vent

  9. Je descend sur la Mauritanie Sénégal fin
    Novembre avec une arrivée sur la Gambie fin décembre
    Je pense laisser mon voilier à Lamin Lodge paraît sûr c’est tranquille

    Merci pour les infos
    Sur YouTube
    Voilier imagine en voyage

    • Bon vent à vous. Moi je n’ai pas voulu aller en Mauritanie, c’est politiquement trop dangereux. Pour laisser le voilier à Lamin Lodge, si c’est pour quelques semaines pourquoi pas, mais personnellement je n’ai aucune confiance dans les « gardiens » qui vous seront proposés pour veiller sur votre bateau en ce qui concerne l’amarrage, une drisse qui à retendre etc. Leurs action se limitera à vous prévenir une fois qu’il y aura eu le problème. Donc rangez toutes les voiles à l’intérieur du bateau, fermez les passe-coques et vérifiez leur solidité etc. Et n’ayez aucune confiance dans l’affirmation qu’ils feront sur la résistance du corps-mort…

  10. Merci Frédéric et Lili pour cet article parfait pour nous ! Malheureusement on sera obligés de s’arrêter au pont Sénégambie mais on a très envie de tenter l’aventure
    Bon vent et au plaisir de se retrouver !
    L’équipage de OaOatimka

  11. Champion, super commentaires, merci pour ton travail de récit.
    Bises à vous trois.

  12. Super recit ! Merci beaucoup. J’avais prévu un périple similaire avec ma fille mais qui s’est arrêté par prudence aux canaries car le bateau prenait vraiment trop l’eau (un vieux grément 😀 ). C’était il y a 20 ans et depuis je rêve de repartir mais je n’ai pas encore trouvé la bonne fenêtre… ce sera pour la retraite je crois.

  13. Salut Le Golo merci pour toutes ces infos! Nous sommes des amis de Bernard El Pelegrino et nous allons le joindre dans le périple Sénégal Gambie Guinée Bissau. Je me demandais si vous aviez pris des médicaments en prévention contre la malaria avant d’aller en Gambie? Merci! Ness d’Ohana.

    • Bonjouur Ness,
      Nous n’avons pris aucun anti-paludéen, mais nous nous sommes protégés très fortement des moustiques avec deux couches de moustiquaires comme nous l’avons décrit. Nous nous sommes réfugiés à l’intérieur du bateau dès le soleil couchant, qui est l’heure où les moustiques « attaquent » fort. Lors d’autres voyages dans la région, nous avions pris de la Malarone pendant la durée de notre séjour. N’étant pas médecins, nous nous garderons donc bien d’affirmer quelle est la bonne solution. Bon vent en Gambie et ailleurs.

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